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Martine Laforce expose à l'Ancien hôpital de Châtillon-sur-Saône

Du 09/07/2023 au 24/09/2023 • 31 rue de l'église Châtillon-sur-Saône
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Martine Laforce expose à l'Ancien hôpital de Châtillon-sur-Saône

Informations

Martine Laforce, aquarelliste colmarienne, aura le plaisir de vous faire découvrir son nouveau travail sur le ville renaissance de CHÂTILLON SUR SAÔNE et ses environs.

L'ancien Hôpital ouvrira ses portes au public durant l'été. Diverses animations y sont programmées. Exposition de peintures et exposition sur l'évolution des travaux de cet édifice Renaissance...

Nous exposerons une artiste colmarienne, Martine Laforce, qui réalise de très belles aquarelles cet été à "l'Ancien Hôpital" du 9 juillet, journée des peintres organisée par l'office du tourisme de Darney et la municipalité de Châtillon, jusqu'au 24 septembre, les samedi et dimanche après-midi, ainsi que sur rendez-vous.

Histoire d’une maison, l’« Ancien Hôpital » à Châtillon-sur-Saône.

Les nombreuses voies romaines qui traversent la région et la géographie de Châtillon-sur Saône, dominée par la présence de deux cours d’eau, l’Apance et la Saône, a dû favoriser très tôt l’implantation humaine. L’occupation du lieu à l’époque romaine semble donc confirmée par les découvertes archéologiques réalisées au XIXe siècle aux alentours de la ville.
La première mention de Châtillon-sur-Saône remonte à 1234 quand «l’Evêque et le Vicomte de Besançon reconnurent que les fils de Pierre l’Angres avaient vendu au compte de Bar leurs droits dans le château de Châtillon». La ville va alors passer des mains de l’Evêque de Besançon à celles du Comte de Bar. Ce dernier affranchira la ville en 1263. En 1301, la cité est incluse au Barrois mouvant et en 1348, elle devient le siège d’une prévôté, supprimée en 1751.

La position très exposée de la cité à la limite des territoires de la Lorraine, de la France, de la Bourgogne et de la Franche-Comté sera source de rivalité et donc d’insécurité pour le territoire. Cette situation marquera durement l’histoire de la ville.

Au cours des XIVème et XVème siècles, Châtillon-sur-Saône subit une série de sièges et d’occupations résultant des troubles de la guerre de 100 ans et des guerres entre les duchés de Lorraine et de Bourgogne.
En 1476, la ville est ravagée par les hommes du duc de Bourgogne, Charles le Téméraire, en route vers Nancy au cours du conflit qui l'oppose à René II, duc de Bar et de Lorraine.
En 1484, la ville est à nouveau ravagée par des mercenaires suisses levés par Claude d’Arberg Seigneur de Valengin, pour faire reconnaître ses droits à la succession sur la baronnerie de Beaufremont dont le Duc de Lorraine l’en a débouté.

La ville sera reconstruite au début de XVIème siècle grâce à la volonté du duc Antone de Lorraine (1489 – 1544) qui accordera des avantages aux habitants pour faire renaître la cité. Il s’en suivra une période de paix d’un siècle qui sera favorable au commerce et donc à la prospérité de la commune.
La guerre de trente ans viendra interrompre cette période florissante. La ville subit à nouveau une série de sièges dans les années 1630 (français, suédois). Le 4 juin 1635 les troupes françaises du Marquis de Sourdis aidées de soldats croates assiègent et prennent la ville. Cette dernière en sort dévastée et totalement dépeuplée.
Châtillon-sur-Saône resta désertée pendant plusieurs années. Un retour partiel et progressif de la population se mettra en place à partir de la seconde partie du XVIIème siècle. Mais avec le siège de 1635, la localité a perdu définitivement son statut de ville. La cité florissante du début du XVIIème siècle a laissé la place à un modeste village rural.

Histoire du bâtiment
Il n’est jamais aisé de retracer l’histoire d’un bâtiment civil, dès lors qu’il ne s’agit pas d’un édifice monumental, tel un château, tant les sources se révèlent généralement ténues. Malheureusement, l’Ancien Hôpital ne déroge pas à la règle. Châtillon-sur-Saône, modeste localité éloignée des centres de pouvoir qu’étaient Bar-le-Duc et Nancy, n’a laissé que fort peu de traces iconographiques. La perte de la dimension militaire de la cité après les différents sièges et destructions des années 1630, puis son abandon, ont tenue éloignée la commune des burins des graveurs des XVIIème et XVIIIème siècles.
Il faut attendre 1831 et la réalisation du cadastre napoléonien pour voir la publication d’un document iconographique centré à proprement parlé sur la commune.

Un bâtiment marqué par l’influence du Gothique flamboyant
La façade principale de l’Ancien Hôpital présente des éléments de modénature attribuables au début du XVIème siècle. Les linteaux de la porte d’entrée et de la baie de l’étage possèdent un décor de style gothique flamboyant de fort belle facture. Ces ouvrages, en cohérence avec les jambages des deux ouvertures, plaident pour une conservation in situ de ces ensembles et non le réemploi de matériaux anciens dans une maçonnerie plus récente. Malgré l’essor du goût pour l’architecture Renaissance en France au début du XVIème siècle, le style Gothique flamboyant restera en vogue en Lorraine pendant tout le règne du Duc Antoine (1489 – 1544).

Un habitat urbain de la fin du Moyen-Age
La vocation originelle d’habitation de l’édifice est évidente. Nous sommes bien en présence d’une maison de ville avec son rez-de-chaussée composé d’une cuisine et d’un poêle. Si les modénatures de façade encrent bien l’édifice dans le XVIème siècle, il en va autrement des principes constructifs et de la disposition intérieure. Comme de nombreuses maisons du XVIe siècle, l’Ancien Hôpital ne diffère d’une maison du XIIe ou XIIIe siècle que par son style. La présence d’escaliers à vis se rencontre dans les constructions lorraines de la fin XIIe jusqu’au XVIe siècle.

Un commanditaire fortuné
Dans son article « Les habitants des maisons renaissance de Châtillon-sur- Saône entre 1484 et 1635 : essai d’identification à partir des dénombrements seigneuriaux et de l’étude de bâti ancien » publié en 2018 dans les Annales de la Société d’émulation du département des Vosges, Jean-Luc Volatier attribue comme « très probable » la construction du bâtiment à Jean de Sandrecourt, écuyer, actif à Châtillon au début du XVIe siècle.
Si dans l’état des connaissances actuelles il n’est pas possible de certifier totalement cette attribution, le caractère du bâtiment démontre l’importance de son commanditaire. La position de l’édifice au sien de la cité, ses dimensions et le travail de sa façade sur rue plaident pour un propriétaire au rang social élevé.
En effet, la construction est positionnée sur l’une des l’artères principales de la cité de la fin du Moyen-Age entre la Porte Saint-Michel et la Place d’Armes. Assise sur une plateforme surplombant l’espace public, elle domine la rue et ses nuisances. De plus, les dimensions des volumes intérieurs et des percements sont plus importantes si nous les comparons à celles d’autres édifices à usage identique de la commune (exemple Hôtel de Sandrecourt).

Pour finir, par ses dimensions, la façade sur rue imprime une impression de puissance que devait encore accentuer l’émergence sommitale de la tourelle d’escalier dans sa volumétrie d’origine. Cette impression de verticalité est encore amplifiée par la position dominante de la parcelle. L’Ancien hôpital devait dépasser les remparts de la cité rendant l’édifice visible de loin. Même s’il reste un édifice de type moyenâgeux avec sa façade de moellons enduite, il s’en dégage une certaine recherche d’élégance grâce à l’utilisation d’un décor finement sculpté. L’organisation du rez-de-chaussée du bâtiment à vocation d’habitat, ainsi que ses percements, semblent éliminer la possibilité d’un commanditaire issu de la bourgeoisie commerçante au profit d’un propriétaire issu de la noblesse.

Un édifice ayant servi d’hôpital ?
La tradition orale a donné au bâtiment le nom d’«Ancien hôpital » en référence à l’usage qu’il aurait eu à une période de son histoire. Toutefois aucun document connu à ce jour ne peut attester de cette vocation.
Comme nous l’avons vu, le bâtiment a été conçu à l’origine pour servir d’habitation. Il ne correspond donc pas à la typologie de l’hôtel-Dieu, ancêtre de l’hôpital, qui apparait après le Concile d’Aix-la-Chapelle en 816 et se multiplie sur tout le territoire entre les XIème et XIIIème siècle grâce à l’importante croissance démographique et l’intensification de la ferveur religieuse favorable au secours des démunis. Cette phase de croissance va se poursuivre jusqu’au XVIème siècle où le changement des mentalités va transformer la vision sur la pauvreté. On passe d’une représentation du pauvre, image du Christ sur Terre qu’il faut secourir, à une vision dévalorisante personnification d’une menace sociale. Gérés par des institutions religieuses, les hôtels-Dieu seront dotés de salles des malades, bâtiments aux vastes volumes et à la typologie bien spécifique.
Puisque le bâtiment n’a donc pas été édifié dans l’optique d’être un hôpital, il a dû prendre cette fonction au gré des circonstances. Dans tous les cas, si l’édifice a effectivement servi d’hôpital au cours de son histoire, il est probable qu’il ait perdu cette fonction depuis fort longtemps. Dans leur ouvrage « le département des Vosges, statistique, historique et administrative (...) paru en 1845, les auteurs Charles Charton et Henri Lepage indiquent dans leur description de Châtillon-sur-Saône au sujet du bâtiment « on observe encore aujourd’hui une maison (...) que l’on croit avoir servi d’hôpital ». La formule utilisée montre déjà au milieu du XIXème siècle un certain degré d’incertitude. Dans sa « Description de la Lorraine et du Barrois » en 1779, M. Duval l’Ainé ne cite aucun hôpital à Châtillon- sur-Saône. Pas plus que dans la liste des hôpitaux de Lorraine contenue dans l’«Etats des lieux de Lorraine », recueil de documents datés de 1401 à 1800 et conservé à la Bibliothèque Nationale de France. La liste datée de 1571 ne mentionne que l’hôpital de Neufchâteau.
On peut alors supposer que l’édifice aurait pu prendre la fonction d’hôpital suite à la volonté de son propriétaire à la fin du XVIème siècle et qu’il l’aurait perdu avec les sièges des années 1630, une ville dépeuplée n’ayant plus l’usage d’un hôpital.

Comme le reste de la ville, l’édifice a dû connaitre une période d’abandon de plusieurs années après le siège de 1635. La date de 1737, mentionnée sur la cheminée de la cuisine, pourrait célébrer une importante campagne de travaux en vue de rendre à nouveau l’édifice habitable (cheminées de l’étage, planchers, charpente, couverture,...).